Il a une force
étonnante de résistance,
Il peut souffrir physiquement.
Mais éprouver de la souffrance
peut l'aider à résister.
Il en fait comme une preuve
supplémentaire de la légitimité
de son combat.
Sa souffrance est à la mesure
de l'importance
de ses convictions.
Cela s'observe sur sa gestion
de l'argent ou du temps.
Il n'en a jamais, ou si peu à lui.
Au lieu de prendre soin de lui,
de lâcher prise,
de s'occuper des siens
ou de sa santé, il persiste.
S'il meurt, ou de
sa famille,
qu'un enfant le quitte,
violemment parfois,
il peut devenir un saint.
Enfin, on parlera de lui
dans l'histoire
de la famille,
de la paroisse ou du pays.
On ne dira pas de lui :
« il a donné »,
mais « il s'est donné »
comme si sa personne
se confondait avec sa mission
Il perd la distance
entre ce qu'il est et ce qu'il fait.
Souvent, le héros va trop loin
dans son autopersuasion.
Il confond
l'inspirateur et l'inspiration,
il se méprend sur sa mission.
il va au-delà
de ce qui lui est demandé.
Il ne reçoit pas
seulement le message,
il se prend pour le messager.
Il n'est plus celui,
humble, qui transmet.
Il se prend pour le transmetteur.
Il a perdu le sens de la taille,
l'acceptation de son humanité,
de sa faillibilité.
Il ne laisse pas d'espace à l'autre,
il se croit
seul
à défendre sa mission,comme s'il
en était le seul dépositaire.
Le héros ne sait pas se reposer.
Il n'ose pas. Il a peur de voler
le temps qu'il doit aux autres,
à sa cause ou à Dieu.
Il pourrait finir par se croire
indispensable, perdre l'humilité
et prendre la place de Dieu.
Ce portrait est bien sûr amplifié.
Je sais pourtant y reconnaître
une multitude de personnes,
conjoints en crises,
amis militants, pasteurs ou laïcs.
Et il n'est pas rare
que nous soyons héros
sur une facette ou un temps
de
notre existence.
J'en suis aussi.