Discrétion


Ne le dis pas à ton ami,
Le doux nom de ta bien-aimée,
S'il allait sourire à demi,
Ta pudeur serait alarmée.


Ne le dis pas à ton papier,
Quand tout bas la muse t'invite,
L'oeil curieux peut épier
La confidence à peine écrite.


Ne le trace pas au soleil,
Sur le sable, le long des grèves,
Ne le dis pas à ton sommeil,
Qui pourrait le dire à tes rêves.


Ne le dis pas à cette fleur,
Qui de tes cheveux, glisse et tombe
Et s'il faut mourir de douleur,
Ne le dis même pas à la tombe.


Car l'ami n'est pas assez pur,
Ni la fleur assez discrète,
Ni le papier n'est assez sûr,
Pour ne pas trahir le poète,


Ni le flot qui monte, assez prompt,
Pour couvrir la trace imprimée,
Ni le sommeil assez profond,
Ni la tombe assez bien fermée.

Ne le dis pas... Ne le dis pas...

Marie.
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