

Ernesto, son père, portait
les gerbes de blé dans la remise et vérifiait de temps à autre les rouages de l'immense moulin. Le jeune garçon trouvait bien bête l'âne qui courait inutilement
jour après jour après une carotte qu'il n'attraperait jamais.
Un soir, alors que l'âne finissait, épuisé, son dernier tour et que Filipo aidait son père à rentrer les gerbes, il fit cette réflexion :
"Tout de même, c'est bête un âne : tourner en rond toute la journée, dans la chaleur, sans manger, ni boire, et pour une carotte qu'il n'attrape jamais.
Il faudrait
me donner cher pour prendre sa place !"
Le père de Filipo lâcha sa dernière gerbe, mis ses mains sur ses hanches et toisa son fils : " Et crois-tu que nous sommes si différents de lui ? Nous travaillons
aussi dur, jusqu'à la nuit. Alors seulement nous rentrons, nous mangeons, nous montons nous coucher et là, avec un peu de chance, nous rêvons que la vie est facile, qu'elle
nous donne tout à profusion sans que nous ayons besoin de travailler. Mais le matin, notre dos endolori et nos mains calleuses nous rappellent combien éloignée est la carotte et qu'il faudra bien longtemps avant que nous puissions l'atteindre. "
(C.Godefroy)
C.Godefroy