Marie des Rues

J'ai rencontré "Erika" par l'intermédiaire d'une connaissance. Elle venait des Pays du Nord, perdue, affamée de pain et de tendresse, si jeune !
Pour subsister, elle s'est prostituée : France, terre d'accueil !

Un jour Erika est devenue mère, grâce à un géniteur migrateur ! Pour nourrir, élever, éduquer "comme il faut" son petit garçon, elle l'a confié à une autre mère, continuant son travail avec du coeur cette fois pour que son enfant "ne manque de rien", elle lui achetait de beaux vêtements, des jouets comme en rêvent tous les enfants, et pour qu'il n'ait pas honte de cette mère aimante, elle renonça à le voir, ou à "se montrer". Elle se contentait de ses photos, de le voir grandir "de loin", pour qu'un jour il devienne ce qu'elle n'avait pu être : un être respecté, avec un travail respectable.

Un jour son fils est devenu un homme, il est parti au service militaire, mais il fit savoir à sa mère qu'il voulait la rencontrer lorsqu'il serait libéré !

Erika, alors demanda à son amie de la conseiller pour changer de vie, s'habiller comme "les gens bien", trouver un travail honorable, et de plus, pour apprendre à changer "sa démarche" des trottoirs. Elle ne voulait pas que son fils chéri sache qui était cette mère et comment elle en avait fait un "Monsieur". Elle voulait qu'il soit fier, et il le fut !


Tu portais en toi tout un monde,
et tu laissais polluer tes ondes,
le brouillard mouillait tes grands yeux,
et ton coeur était si frileux !
Qui donc as-tu ému,
Marie des Rues ?

Pourquoi chercher sous ces façades,
Le chant d'une autre sérénade ?
Tu voulais tout pour ton gamin,
Chaque jour lui donner son pain,
La misère vaincue
Marie des Rues !

Il ne sait rien, tu es honteuse,
il ignore ta vie véreuse,
Tu veux qu'il devienne un "Monsieur",
dans le monde des gens heureux !
Dans ton rêve éperdu,
Marie des Rues !

Marie, j'étais sur ton passage,
Témoin muet de ton naufrage,
Mais je n'attendais rien de toi,
Avais-tu espéré de moi ?
T'aurais-je donc déçue,
Marie des Rues ?

La nuit, tu erres dans la ville,
Malgré tes airs, tu es fragile !
Le jour, tu ploies sous la torpeur,
Tu oublies toutes tes frayeurs,
des amours défendues,
Marie des Rues !

Tu berces tes pensées secrètes,
Où tout ton amour se reflète :
Cesser d'être Marie des Rues
Pour n'être plus jamais déçue
d'une alliance conclue,
Marie des Rues !

Tu ne rêvais qu'une chaumière,
et c'était toute ta prière :
Tu voudrais reprendre l'enfant,
et n'être plus qu'une maman,
dans un espoir ténu,
Marie des Rues !

Serrer ton fils sur ta poitrine,
Comme un homme qui te devine,
Abandonner les ans passés,
Pour avec lui tout oublier,
Même les jours perdus,
Marie des Rues !

Un jour il quittera l'enfance,
il viendra fouiller ta souffrance,
et pour qu'il ne soit pas déçu,
tu laisseras l'habit des rues,
pour rester l'inconnue,
Marie des Rues !

Un matin, tu rendis ta carte,
Pour que plus rien ne vous écarte !
Tu pourras marcher sous les nues,
En t'ouvrant à l'amour perdu,
Retrouver la vertu,
Marie des Rues !

Un jour tu aimeras un homme,
fleurs fanées, et pleurs que l'on gomme !
Tu sauras gagner tes écus,
et n'être plus Marie des Rues !
Heureuse tu souries,
Marie !!!

Soeur Mariam-Jacob.
1987-2000