Mon fils sera plombier

Car je vois trop souvent des parents obstinés à poursuivre du vent Pousser leur rejetons avec sollicitude, et des adolescents qui détestent l'étude, les lettres et les maths, enfin tout sauf le sport, réclamer néanmoins le bachot ou la mort.

Un tel acharnement recevra son salaire : Ils auront donc leur bac. Que pourront-ils en faire ? L'un sans trop de succès, cherchera du travail, un autre le fuira comme un épouvantail, et le meilleur chercheur se trouvera tout bête pour n'avoir pas suivi le conseil du poète : "soyez plutôt maçon, pour gagner de l'argent, que professeur sans poste ou docteur indigent"

Si nous observons l'offre ainsi que la demande faisons dès maintenant une ample propagande pour faire abandonner nos tristes manuels et remettre à l'honneur les métiers manuels.

Que leur reproche-t-on ? Ces métiers si rentable ne sont pas après tout, les plus désagréables : il vaut mieux travailler sur des éviers bouchés que de faire la classe à des mal embouchés. Sans doute, mais plombier ! Est-ce un métier qui brille ? Que diront les voisins ? Que dira la famille ?

Nous les laisserons dire : un jour ils verront bien Qu'un artisan utile et ne manquant de rien Vaut mieux qu'un révolté plein d'orgueil et de rage sans métier, sans argent, sans joie et sans courage. Si l'estime du monde est liée au savoir Rien n'empêche un maçon, un plombier d'en avoir.

Alors l'instruction sera vraiment gratuite, Et mon fils pourra dire, en cherchant une fuite : "O trop heureux cent fois, s'ils savaient leur bonheur, le maçon, le monteur et le plombier zingueur." L'élève ambitieux perdra de sa superbe quand manier l'outil aussi bien que le verbe Que deviendra l'idéal du lycéen français Et qu'on ne verra plus le culte du succès.

Quel plaisir ce sera d'enseigner et d'apprendre Quand par toute le terre on voudra bien comprendre Qu'un grutier peut avoir un esprit élevé et qu'un cultivateur peut-être cultivé.

(Orbilius)