Victime des vacances



Fennie était une petite chienne heureuse, d'un peu plus d'un an.
Blanche et beige, un oeil toujours interrogateur et étonné. De sa tendre enfance elle ne se souvenait plus que d'un vague mais profond changement d'existence, quand elle entra un jour dans une famille avec laquelle elle se sentait toujours en confiance. Il y avait son maître, sa maitresse, très douce, lui un peu rude peut-être, mais si bon également.

Elle avait senti naître en elle une adoration profonde envers eux, mais en même temps qu'une confiance absolue. Elle ne pouvait donner rien d'autre que son amour, mais le faisait totalement.

Un jour d'été, la voiture s'arrêta au bord d'un bois et son maître descendit en l'appelant. Elle sauta derrière lui pour le suivre, comme à chaque fois, Il tenait une corde à la main. Quelques dizaines de mètres plus loin, il lui noua la corde autour du cou et l'attacha à un arbre. Un nouveau jeu, pensa-t-elle, elle attendit la suite. Son maître s'éloigna et remonta au volant sans la regarder. Elle fixa la voiture, jusqu'à ce quelle ne soit plus visible, très loin sur la route.

Fennie n'était pas inquiète, au contraire. Elle attendait, heureuse d'apprendre une nouvelle façon de jouer, se demandant par quel côté son maître apparaîtrait pour la surprendre. Le temps passait, elle guettait toujours, de plus en plus frémissante d'impatience.

À la nuit tombante, un peu d'inquiétude se mêla à sa joie. Son maître se serait-il égaré? Peut-être avait-il besoin d'elle. Cette pensée l'angoissait un peu et elle se mit à tirer sur la corde et réussit, en la mordant, à la couper. Elle se mit immédiatement à sa recherche. Elle sentait encore la trace et cette odeur si familière qui toujours l'avait remplie de joie. La nuit était venue cette fois. Elle cherchait encore, désorientée, car elle avait perdue la trace.

Le petit jour la trouva couchée sur quelques feuilles, tremblante de froid. Elle savait que son maître viendrait la chercher, lui en qui elle avait totalement confiance. Elle attendait et cela seul importait.

Quelques jours plus tard, elle était là, amaigrie et sale, toujours confiante. Elle dormait à peine, ne voulant pas manquer son maître quand il reviendrait. Elle mangeait à peine, personne ne lui ayant appris à se débrouiller seule. Elle souffrait dans son corps, mais son coeur, toujours plein d'adoration et de certitude, attendait. Rien n'avait jamais ébranlé sa confiance, pourquoi serait-elle entamée aujourd'hui?

Plusieurs jours s'étaient encore écoulés. Elle s'était fait un trou qu'elle ne quittait pas. Ses faibles pattes ne la suppportaient plus. Elle resta roulée en boule. Elle n'était plus qu'attente, toujours animée de la certitude que son maître reviendrait. Elle ne sentait plus la faim et se refusait le sommeil.

Depuis trois semaines à présent elle ne bougeait plus de son trou. Il lui venait parfois furtivement des bribes de souvenir, chaleur, caresses, jeux, nourriture, bonheur. Elle tremblait et avait peur de s'endormir. Elle sentit que le sommeil allait la terrasser. Un sommeil profond, menaçant, plus puissant qu'elle.

Avant d'y sombrer malgré elle, une dernière pensée la traverse: « Même si je m'endors, mon maître saura me retrouver. Il m'aime tant et je l'aime tant.» Au matin, elle ne put retenir sa vie. Toutes ses dernières forces, elle les avait réservées et employées à garder son amour et sa confiance. Mais son coeur toujours plein d'adoration et de certitude, attendait.

Le Muretain
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